culture, papier du Dimanche

UNE JEUNESSE CAMEROUNAISE CONSCIENTE: CE N’EST PAS UN MYTHE

Il paraît que la jeunesse Camerounaise qui est dite être le fer de lance de la nation n’est bonne qu’à se saouler la gueule, débattre sur des sujets autour du sexe et mener des actions peu catholiques, car elle sombre dans un pays où le système en place a fait en sorte qu’il n’y ait plus d’espoir… Laissez-moi en rire !  Ce discours, beaucoup vous le tiendront, ils prendront même des exemples tels que « regardez la prolifération des bars et snack bars dans une métropole économique comme Douala, écoutez les chansons qu’ils chantent et dansent » etc. Toutefois, au milieu de ce pessimisme ambiant se trouve des groupes de jeunes très, mais très conscients de ce que l’avenir de leur pays, c’est à eux de le bâtir. De même qu’un espace meilleur pour leurs enfants, c’est à eux de mettre la main à la pâte afin de le modéler.

J’ai rencontré un de ces groupes de jeunes Camerounais conscients ce Samedi 12 Août 2017 à Doual’art (espace artistique et culturel situé à Douala). Ce groupe constitué de plus d’une vingtaine d’auteurs et autres invités s’est réunis de 9h à 19 h afin de réfléchir sur un sujet très important pour leur pays. Quelles actions mener afin de pousser le maximum de Camerounais à pratiquer la lecture? Étant donné que qui dit lecture dit acquisition de savoirs, culture, élevation d’esprit. La thématique « EN MARCHE POUR UN MILLION DE LECTEURS » traduit cette urgence qu’il y’a à convaincre surtout les jeunes sur la nécessité de réflexion sur les solutions aux véritables problèmes à résoudre pour être émergent (une réflexion qui n’arrivera sûrement pas s’ils ne sont pas cultivés et informés, donc s’ils ne lisent pas).

LA PROBLÉMATIQUE DE LA LECTURE EN AFRIQUE EN GÉNÉRAL ET AU CAMEROUN EN PARTICULIER

Une pensée populaire qui me choque, mais qui n’est pas entièrement fausse dit: « vous voulez cacher un secret à un Noir? Mettez-le dans un livre ». On dirait donc que la lecture ne fait pas partie des moeurs des Africains? (car l’Afrique est le continent Noir)

Pour plusieurs cela vient du fait que culurellement en Afrique nos ancêtres pratiquaient l’orale. Ils étaient donc formés à l’écoute, cela ne faisaient pas d’eux des personnes idiotes au contraire! De véritables bibliothèques ambulantes avec une énorme mémoire capable de garder des centaines d’histoires et des connaissances.

Le temps a passé, l’Afrique a été colonisée, puis décolonisée. La culture occidentale lui a été inculquée à travers religion, langues etc.  La lecture a commencé à faire partie des moeurs, mais encore que lisaient-ils? Ou plutôt  je dirais que lisons-nous? Ici encore, plusieurs pensent que le contenu et la pratique de la lecture dans nos écoles font partie des choses qui ne poussent pas beaucoup de personnes à l’aimer. En effet les manuels lus ne sont souvent pas adaptés à notre contexte (car trop occidentalisés) et le jeune Camerounais se perd dans cette aventure. L’activité de lecture à l’école primaire est perçue par certains comme un véritable moment de torture car les « maîtres » d’écoles ont l’art d’utiliser la force physique et psychologique pour amener les enfants à lire. Ce qui produit souvent un effet inverse à celui souhaité.

CEUX QUI SE DÉMARQUENT ?

Malgré les raisons évoquées afin de justifier le fait que nous ne lisons pas beaucoup ou pas du tout, il existe des jeunes par centaine pour qui lire est un véritable hobby avant d’être un moyen de se cultiver. Ils ont grandit dans le même pays que les autres, ils ont eu les mêmes « maîtres » d’école mais ils ont développé cette aptitude à dévorer des bouquins scientifiques ou non pour leur propre plaisir. Ils ne sont pas pour autant surhommes ou quoi que ce soit dans le genre.

Qui dit lecture, dit développement de l’imagination, mise en scène, création, évasion. La plupart se sont mis à l’écriture aussi, afin de continuer le process de pérénisation du savoir qu’ils ont acquis. Car il est très important de mettre sur écrits ce qu’on sait et ce qu’on a appris.

QUE FAIRE POUR AMENER LES JEUNES À LIRE?

Avant d’arriver à l’événement organisé par Félix Mbetbo (auteur de plusieurs oeuvres, blogueur et membre de l’ACDIS) Samedi dernier, j’ai posé cette question à un ami qui m’a répondu: « il n’y a rien à faire. Les jeunes ne liront pas tant qu’il y’a des bars qui prolifèrent, en plus leur mentalité est déjà  rouillée ». Toute personne ayant assisté à l’échange à Doual’art aura simplement envie de lui rire au nez. Plusieurs panels se sont constitués pour apporter à leur niveau des suggestions. Et ce fût un véritable échange car le public posait des questions et proposait aussi des axes d’amélioration.

1) LES AUTEURS DOIVENT PARLER DES RÉALITES DES CAMEROUNAIS

Si les Camerounais sont la cible (le lectorat pour qui ces auteurs écrivent), ils doivent pouvoir se retrouver ou se reconnaître dans leurs écrits. Il ne s’agit plus seulement de copier le modèle des grands romanciers Français ou Anglais, de suivre les règles strictes de la poésie classique ou de produire une pièce dramatique à la Corneille en parlant d’un langage lointain aux Camerounais pour se dire que l’on a fait du bon travail. Car si une oeuvre jugée excellente de part son modèle ne fait pas de lecteurs, surtout dans son pays d’origine, c’est un véritable problème: puisque le but est pousser les Camerounais à lire.

Le langage ne devrait plus constituer une barrière entre les lecteurs et l’auteur. Puisque celui-ci (l’auteur) est issu de la société Camerounaise, il maîtrise son langage et ses tournures, alors il pourrait l’utiliser afin de se rapprocher encore plus de son lectorat-cible.

2) ÉCRIRE POUR SE RACONTER

Le second panel qui a abordé cette thématique lors de l’échange a été mon favori. Je m’en vais vous dire pourquoi. Si Victor Hugo a dit quand je parle de moi, je parle de vous c’est bien que chaque personne a sa vie mais pas sa réalité, car nos réalités se ressemblent. Une personne issue d’une société vit et subit les réalités de celle-ci, ses expériences et ses combats peuvent inspirer et instruire plusieurs autres personnes vivant dans cette société, il est donc nécessaire d’écrire desssus.

Les gens seront très aptes à lire des histoires inspirantes, ressemblant souvent à la leur, dans l’optique de trouver des solutions ou des réponses à leurs questionnements. L’histoire qui m’a ému aux larmes est celle de la jeune auteure: « Francine Ngo Iboum ». Celle-ci a été victime de viol très jeune et l’a longtemps gardé pour elle, malgré ses peurs et ses douleurs elle a réussit à surmonter cela au fil du temps même si elle rapelle qu’on ne l’oublie jamais. PLus tard, elle  décide d’en parler à travers ses écrits car s’étant rendue compte qu’elle n’est pas seule dans cette situation et que parler de la façon dont elle l’a surmonter pourrait aider d’autres personnes. Elle a d’ailleurs mis sur pieds une association dans cette même vision pour le secours psychologique des victimes de viol au Cameroun.

 

3) PRODUIRE CE QUI EST BEAU POUR SON LECTORAT

Le panel constitué de poètes et dramaturges s’est penché sur la question d’esthétique. Si le fond est porteur mais la forme n’est pas captivante, le lecteur pourrait ne pas avoir envie d’arriver au fond. Il s’agit donc d’un élément crucial, car à travers ses écrits l’auteur doit pouvoir transmettre ses émotions encore plus dans des regitres tels que la poésie et le théâtre. Une pièce théâtrale doit pouvoir donner envie au lecteur d’assister à sa représentation et même le pousser à se faire lui-même des représentations.

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4) LA LECTURE CHANTÉE POUR LES RETISSANTS À LA LECTURE

Une autre façon de faire comprendre son oeuvre aux personnes retissantes à la lecture est de la leur faire écouter. Si les jeunes aiment les divertissements tels que la musique et la danse, pourquoi ne pas leur chanter les oeuvres en accompagnant d’une danse?

La lecture chantée est un style encore très peu connu chez nous, mais qui existe et fait plusieurs heureux. Encore que la transmission des émotions de l’auteur est très forte lors de la prestation et cela donne même envie d’entrer en possession de son oeuvre afin de se replonger souvent dans ce moment là. Les participants et invités à l’événements ont pu le témoigner à travers des démonstrations de Louise ABOMBA et son équipe ainsi que celle de l’artiste hip hop Camerounaise Lady B.

 

5) METTRE L’EMPHASE SUR LA COMMUNICATION AUTOUR DE SON OEUVRE

S’il existe des oeuvres très intéressantes mais que des Camerounais ne les lisent pas, c’est peut-être parcequ’ils ne sont pas au courant de leur existence. Il ne suffit pas de produire une oeuvre jugée bonne, encore faut-il en parler. L’auteur contemporain ne devrait plus croiser les bras en attendant que l’éditeur fasse la communication et la distribution. Surtout que nous sommes en pleine ère du numérique. L’auteur sait dorénavant où se trouve sa cible, c’est donc à lui d’aller vers elle.

Les réseaux sociaux sont inévitablement le lieu où on retrouvera des millions de jeunes Camerounais aujourd’hui et demain, il faut donc jouer sur cette carte. À travers par exemple la création de blogs ou des pages dans lesquelles du contenu sera mis en exergue et une communication efficace l’accompagnerait. Il est d’ailleurs possible de produire du contenu sur un blog et le diffuser dans plusieurs réseaux sociaux à la fois. Cette stratégie semble très porteuse, car il ne s’agira plus de se limiter au Cameroun, puisque internet brise les barrières géographiques.

6) AVIS DES PLUS EXPÉRIMENTÉS

Un panel d’ invités spéciaux constitué d’auteurs tels que Jean Bruno TAGNE, Lionel MANGA et bien d’autres a fait l’honneur aux jeunes en rapportant leurs expériences. Il a donc été question pour eux d’insister sur la valorisation de notre culture et le retour aux sources à travers les écrits si l’on souhaite avoir des millions de penseurs (lecteurs). Aussi, il est crucial d’utiliser les réseaux sociaux, mais surtout ceux qui sont  adéquats pour son domaine de compétences car il en va de la crédibilité de l’auteur lorsque l’on tape son nom dans la barre de recherche sur Google. Enfin, il faut bien choisir son éditeur en s’assurant qu’il ait une équipe pour la relecture et un bon réseau de distribution.

 

7) ENFIN LE PLUS IMPORTANT: MISER SUR LES PLUS PETITS

S’il est clair que ce sera d’une réelle difficulté mais pas impossiblilité d’amener les jeunes adultes à lire, le grand espoir repose encore plus sur les plus petits.

La lecture selon Lionel MANGA est une habitude. Elle doit donc naître et se développer, car rares sont les cas où cette pratique descend en nous tel le Saint Esprit (rires). Il est donc nécessaire de cultiver cette habitude là chez les enfants car ces derniers ont je dirais une mémoire fraîche et une capacité de développement et d’adaptation plus rapide que les adultes. Il y’a quelques mois j’ai d’ailleurs publié un billet proposant des astuces pour amener nos enfants à aimer la lecture, car il ne s’agit pas du tout de les forcer! (Lire l’article )

Pour cela il revient aux parents de jouer un rôle important en ayant déjà des livres à la maison, en leur créant un espace de lecture et en faisant de la lecture une activité ludique au même titre que sortir au manège ou au glacier. Les auteurs quant-à eux pourraient se rapprocher des institutions scolaires (maternelle et primaire) afin de mettre sur pieds des ateliers de lecture et des activités telles que la lecture chantée à la fois pédagogiques et divertissantes.

AU FINAL

La rencontre Nationale des jeunes auteurs Camerounais (la toute première édition) sous le thème: En marche pour un million de lecteurs a été très riche en connaissances, apprentissages et émotions ce qui traduit la longueur de ce billet.

Avoir des jeunes qui pensent c’est tout à fait possible si les auteurs leur proposent du contenu adéquat et intéressant en utilisant des canaux multiples et appropriés,  les poussant ainsi eux-aussi à penser et produire. Et l’avenir du pays pour une génération future cultivée doit se mettre en place dès aujourd’hui au moyen des habitudes que nous inculquons à nos enfants dès le bas âge.

MW.

 

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4 réflexions au sujet de “UNE JEUNESSE CAMEROUNAISE CONSCIENTE: CE N’EST PAS UN MYTHE”

  1. J’adore la méthodologie avec laquelle cet article est rédigé. Un retour d’expérience qui en même temps est une analyse bien structurée. J’avoue qu’en me basant sur le titre uniquement, je voulais voir ma capacité​ à lire entièrement un pareil texte. Pourquoi ? Certainement parce que le sujet m’interpelle à plus d’un titre. J’ai du mal à lire (à lire assez en tout cas). Pour moi la première motivation à lire un document est inhérente au sujet qu’il traite et à l’intérêt que je porte au dit sujet. Je pense que je me trompe mais j’ai l’impression que la plupart des auteurs traitent des les mêmes « thématiques générales ». L’innovation spécialisée pourrait donc à mon avis de profane et de noir paresseux être une arme supplémentaire de lutte contre ce FLÉAU.
    La communication… Pas de bavardage à faire dessus​. L’auteur de l’article a déjà tout dit. D’ailleurs si elle n’avait pas assez fait le branding de son article, j’aurais certainement pas été au vent de sa parution.
    It has been a nice one Marielle. Thanks. I read it entirely 😂😂😂😂

    Aimé par 1 personne

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